Album "Épure jusqu'à l'os"

Ailleurs, autre chose

Quelques mots qui achèvent
Une histoire usée qu'on enterre.
On ne parle plus de trêve,
C'est la fin, la vraie, celle qui pèse.
On tire un trait sur ce qu'on était,
Il n'y a plus d'essai car on sait...

Qu'ailleurs autre chose t'attend
Et c'est là-bas que tu te rends,
Derrière ces limites et frontières
Qu'on a bâties tout ce temps sans jamais s'en faire.
Ailleurs autre chose m'attend 
Et c'est là-bas que je me rends,
Mais je garde un peu de toi, 
Ce qui fait partie de moi...

...Et c'est la seule chose qui me reste
De ce grand chapitre qu'on ferme.
Dernière scène, on se laisse
Pour aller fouler d'autres terres. 
On tire un trait sur ce qu'on était,
Il n'y a plus d'essai car on sait...

Album "Épure jusqu'à l'os"

Astro

J'ai quitté ma terre, expulsé dans l'air,
pour aller voir et ne plus croire.
Dans cette petite boîte qui vibre et qui craque,
pas de fenêtres, je n'ai comme repères
qu'un signal et les lumières du radar dans le noir,
petit monde abstrait fait de points et de traits
qui me paraît être tellement vrai...

Blotti dans ma bulle, j'ai pris du recul,
j'ai raisonné et déraisonné.
J'ai trouvé du vrai, divagué à souhait,
satellite en orbite.
Mais trop seul on se perd, 
l'imagination peut être un drôle de piège.
J'ai rêvé des lieux qui n'avaient pas lieu d'être,
pris en traître par ma propre tête...

Mais balloté dans l'espace, je maudis cette audace
qui m'a mené là, ou malmené là j'ai peur pour moi.
J'aurais dû rester en bas et ne pas être là haut

Et je vois le plafond qui cède,
rien n'était comme je l'imaginais,
et je vois le sol qui s'affaisse,
sous mes pieds l'univers en entier.

Je rejoins la terre, projectile stellaire
qui s'éclaire dans l'atmosphère/
Sous la gravité qui me fait vibrer,
j'accélère et j'accélère.
Je vais faire des dégâts quand j'irai m'écraser en bas.
Percuter le sol pour conclure mon vol,
résonner sur la terre entière...

Album "Épure jusqu'à l'os"

Aux portes de l'aurore

Aux portes de l'aurore
Dans cet étrange décor,
Ce monde, qui sommeille en bas,
Nous appartient un peu à toi et moi,
Pour quelques heures encore.

Assis ensemble au bord
Et voir ce monde qui se colore,
Comme si tout recommençait là,
Au seuil d'un nouveau jour pour toi et moi
Qui ne sera jamais plus fort.

Marchons vers l'ouest que jamais ne s'arrête
De briller les premiers rayons du soleil.

Album "Épure jusqu'à l'os"

Drame

Ils m'ont tous laissé, tous abandonné, seul,
Ici dans ce lieu où doucement je meurs.
Aucun soleil ne brille dans mon ciel.
Personne pour m'aimer, personne ne s'intéresse
À mon sort, à ma vie et rien ne me reste.
Tout s'envole au loin et à mes côtés : rien.
Les yeux dans le vague, sans cesse il divague...

Et se perd, un besoin d'absolu l'obsède,
Devient son unique raison d'être,
Mais rien n'est pur sur cette terre.
Son drame lui coule dans les veines,
Poison que finalement il aime, 
Qui le tient debout seul et fier, mais le perd... 

Chaque blessure qu'on m'a faite je la garde ouverte,
Chaque mot qu'on m'a dit est gravé dans la pierre,
Je n'oublierai pas ce qu'ils ont fait de moi.
Du lointain, je perçois des voix que je connais,
Elles se brouillent, elles s'emmêlent et me
parviennent à peine,
Bla bla étrange qui a perdu tout sens.

Devant toi un chemin s'ouvre, ne l'ignore pas,
Il faut souvent faire le premier pas,
Car ça se passe comme ça ici-bas.
Tout n'est pas ou noir ou blanc, trop de contraste tue,
L'oubli, le pardon sont des vertus 
Qui te sauveront de ton enfer.

Change la vie que tu mènes...

Album "Épure jusqu'à l'os"

Entre ces quelques accords

Entre ces quelques accords,
On lâche la pression sans effort
Et on se laisse aller au loin,
Oublions tout jusqu'à demain.

Toutes ces erreurs qu'on a faites,
Leurs conséquences et leurs effets...
C'est bien mieux comme ça tu le sais.

Entre ces quelques accords,
Laissons donc parler nos deux corps,
Tout est bien plus joli comme ça
Quand les sentiments font leur loi.

Ce soir je ne veux pas calculer
Et laisser le cœur s'exprimer,
Qu'il m'emmène où bon lui plaît.

Emmêler mes doigts dans tes cheveux de soie,
Et cacher mon visage dans ce recoin sauvage.
Sentir ce parfum que j'aime,
M'immerger dans ton domaine.

Glisser sur ta peau, descendre sur ton dos
Et laisser mes mains se poser sur tes reins.
Pour quelques instants tu es mienne,
Je sais qu'après viendra la peine.

Entre ces quelques accords,
Tu lâches la pression et tu t'endors
Mais demain arrive à grand pas,
Dans deux heures tu ne seras plus là...

Car toi tu as déjà ta vie,
C'est celle que tu as choisie
Et je n'en fais pas partie.

Album "Épure jusqu'à l'os"

L'empreinte

Avec son pull à capuche et son sac sur le dos,
Armé de l'essentiel juste ce qu'il faut,
Ce soir il a décidé de sortir.

Le pas léger, furtif et camouflé il cherche le lieu
Propice à son délire, à son petit jeu,
Comme certains de ses amis l'appellent.

Mais qu'importe il aime
Son style de vie décalé.
Les murs il les saigne,
Les signe à l'encre délavée.

Et va déposer son empreinte sur le béton,
Un motif ou un nom,
Une envie qu'il assouvit la nuit dans les bas-fonds
Eclairés au néon.
Surmonter le vide imposé par ces lieux sans noms,
Sans âmes et sans raisons,
Ne pas s'enfoncer dans ce coma comme le font
Ceux qui dorment dans l'ombre.

Marque après marque et nuit après nuit,
La technique et l'esprit endurcis,
De nouveaux horizons se lèvent.

Concepts, idées nouvelles ont germé dans sa tête,
Tout prend sens et se révèle
Avoir bien plus de sens, qu'il ne le croyait,
le pensait.

Dans chaque trait qu'il fait
Gronde la rébellion qui naît,
La voix de ses pairs
Qui résonne à jamais dans la pierre.

Et va déposer son empreinte sur le béton,
Un motif ou un nom,
Un besoin qu'il assouvit la nuit dans les bastions,
Les cités des barons.
Livrer tous leurs murs à son imagination
Guidée par la raison.
Leur cracher toute la réalité qu'ils ont
Sciemment laissée dans l'ombre. 

Avec son pull à capuche et son sac sur le dos,
Armé de l'essentiel juste ce qu'il faut,
Ce soir il a décidé de sortir.

Le pas léger, furtif et camouflé, il copie 
de son mieux
L'attitude, le style et le jeu
Du prophète qui hante ces lieux

Et qui règne en maître
Sur les territoires qu'il a marqués,
Un visionnaire 
Passé à la postérité.

Et qui déposait son empreinte sur le béton,
Comme aujourd'hui le font
Tous ses disciples qui la nuit passent à l'action,
Se relèvent et font front.
Une légende imprimée sur les murs 
dans les bas-fonds,
Icône d'une révolution en marge, en marche,
Qui s'étend puis se fond pour faire partie 
de ce monde.

Album "Épure jusqu'à l'os"

Ma vie est toujours la même

Bien que je me batte et me démène
Ma vie est toujours la même.
Ici rien n'avance pour moi,
J'avance de deux pas, je recule de trois.
Mais rien ne change, rien n'y fait,
Ma vie est toujours la même.

Mais même un genou à terre
Je m'obstine et reste fier,
Car c'est tout ce qui me reste
Sinon je lâche tout et me perds.

Toujours ces maudits trains de nuit
Qui ponctuent les jours de ma vie,
Les heures, les jours, les semaines,
Les mois, les années passent et je reste à la traîne.
Mais rien ne change, rien n'y fait
Ma vie est toujours la même.

Certains n'ont pas eu le bon jeu,
D'autres n'ont pas compris le jeu.
Je suis dans l'un des deux c'est clair,
J'ai peut-être lu les règles à l'envers,
Car rien ne change et rien n'y fait
Ma vie est toujours la même.

Album "Épure jusqu'à l'os"

Méfie-toi des hommes

Le jour où le petit est parti
Sur le seuil de la porte son père lui dit
Quelques simples mots, des conseils,
Pour la chair de sa chair :

À l'endroit où tu te rends fiston
Les gens ne semblent pas toujours 
être ce qu'ils sont,
L'habit ne fait pas le moine,
L'expérience en témoigne.

Tu portes en toi des valeurs
Qui ne sont peut-être pas les leurs,
Alors pour qu'il ne t'arrive pas malheur
Retiens bien ces mots, ces mots que je te dis
Pourraient bien te sauver la vie.

Même s'ils ont un sourire affiché,
N'oublie pas, 
Méfie-toi des hommes.
Garde bien tes distances de sécurité,
N'oublie pas,
Méfie-toi des hommes.
Sûr qu'il en existe en qui se fier,
Mais n'oublie pas
De te méfier des hommes.
Car c'est avec le temps qu'on les reconnaît.

Avec tout son barda sur le dos,
Après des kilomètres en solo
Il est enfin arrivé 
Devant ce qu'il avait tant rêvé.

Bien plus grand, bien plus agité
Que tout ce qu'il avait pu imaginer.
Une fourmilière qui semblait toucher le ciel,
Jamais rien vu de tel. 

Un inconnu qui passait par là,
Précisément à ce moment-là,
Vint l'accueillir les bras ouverts :
Bienvenu mon frère dans la cité de lumière,
De guide si tu veux je te sers.
Dans cet enfer tu pourrais te perdre.

Emboîtant les pas de son guide
Il s'engouffrait vers le cœur de la ville,
Un labyrinthe surpeuplé,
Qu'il découvrait émerveillé.

Euphorisé pas les folies de la cité
Et des paradis artificiels bon marché
Que son ami lui avait donnés,
Il se sentait perdre pieds.

Ses esprits à peine retrouvés,
Et son ami s'était envolé
Emportant avec lui toutes ses affaires.
Qu'allait-il donc faire
Après cette leçon sévère
Illustrant les mots de son père ?

Dix mois et deux années sont passés
Sans nouvelles du jeune aventurier,
Inquiet son père avait décidé
De partir le retrouver.

S'imaginait-il revoir si vite
Le visage tant espéré de son fils,
Placardé sur les murs de la cité
Avec le label recherché.

Les gens racontent là-bas
La légende de ce gars
Qui, aveuglé par la vengeance et la haine,
Serait devenu le pire des cinglés de l'Empire,
Un paranoïaque perdu dans son délire.

Album "Épure jusqu'à l'os"

Mélancolie

Goutte à goutte cette drogue douce avait 
un pouvoir étrange,
Elle poétisait, texturisait et son malheur
prenait sens.
Apparue à cette époque pour combler une écorchure du cœur, de celles qui entaillent 
le bonheur.

Avatar de la tristesse paré d'or et d'argent,
Arrivé doucement, le séduisit délicatement,
L'a mis en scène au milieu de tous ses souvenirs et ses regrets.
Héros d'un roman qu'il vivait, il se disait :
Mélancolie qui vient, mélancolie qui va,
Berce-moi entre tes bras.
Mélancolie qui tient mon cœur entre tes doigts,
Ne joue pas trop de moi.

Peu à peu, à petits pas un nouveau décor émergeait,
Plus beau, mais plus sombre, un petit royaume dans
la pénombre,
Où silencieusement les passions avaient imposé 
leurs lois
Et où, bien souvent, la raison perdait sa voix.

Inexorablement, son esprit s'en allait au large,
Sur le noir esquif s'éloignait de nos rivages.
Mais se doutait-il qu'il partait pour une odyssée 
sans retour ?
Car sur les notes qu'il a laissées, on lisait :
... je m'en remets à toi.

Avec le cœur pour seule boussole, il est parti s'égarer
Au fin fond de contrées désertes et oubliées,
Et quelque part en chemin a perdu le désir d'avancer,
Au gré des courants se serait laissé emporter.

À la dérive sur les étendues reculées du silence,
On raconte qu'il s'y serait noyé par inconscience.
Personne ne l'a jamais revu,
Mais certains disent qu'ils ont entendu
Sa voix résonner le soir comme venue de nulle part :
... laisse-moi me perdre en toi.

Album "Épure jusqu'à l'os"

Squelette rythmique

Epurée jusqu'à l'os, je te sers
Cette chanson qui s'avance et s'arrête
Puis qui reprend soudain, gigote dans mes mains
Que rien ne retient, rien n'arrête, rien ne gêne.

J'offre juste un décor un contexte
Minimal, aujourd'hui c'est ce qui m'intéresse.
Quelques mots qui viennent, juste des prétextes
Pour cadencer, faire danser, cette rythmique qui m'obsède.

Dansent désabusées sans aucune gêne, 
Quelques notes isolées qui s'amènent,
Qui s'agitent et se bloquent, deux petits pas puis stop,
Déglinguées, saccadées comme je les aime.

Installé sur ma chaise je me pose en maître
De ce monde où je mets et j'enlève
Ce que bon me plaît, bienvenus chez moi
Mi casa es tu casa, vas-y installe-toi car...

Je t'offre un désert où se promènent
Seuls quelques restes 
De rythmiques syncopées qui rebondissent sans cesse.
Sans queue ni tête mais la forme y est,
L'important c'est que tout, 
Bouge et rebondisse et s'agite sans cesse.

Un petit goût d'SD dans mes couplets,
Surréaliste est ce cocktail que je fais,
Juste un cadavre exquis d'espaces infinis
Sismique est cette rythmique que je fais.

Mélodie dingue et hachée, jouée sur cordes raides,
Je pose le chant décalé, 
c'est ma technique, celle que j'aime.
Deux initiales à graver, j'inscris le O le F...

Album "Épure jusqu'à l'os"

Sur le chemin

Détaché, nonchalant, je me laisse aller au gré du vent
Voir où ça mène.
Je m'éloigne un instant du tumulte vivant qui s'énerve
Et me presse.
Une étincelle soudaine éclaire ces lieux sous 
une lumière nouvelle,
Dévoile un décor artificiel, celui de nos vies sans sel.

Sur le chemin, j'ai oublié ce que j'étais
Et j'ai laissé s'envoler dans l'air mes illusions
en poussière.
Le monde peut bien se consumer d'ici demain,
Qu'importe tout ça semble loin
Quand je suis comme ça,
Euphorisé, dans cet étrange état.
Tranquille et serein,
J'ignore toutes les sirènes en plein 
Qui sonnent pour qu'on se rappelle bien
Que tout est grave, 
Funeste présage pour qu'on reste sages.

Ni dans l'instant d'après, ni dans celui d'avant,
Voici donc le secret
Du bonheur immédiat, profiter du présent que l'on a
Sous les doigts.
Tout ça on le sait bien mais malgré tout le quotidien nous presse,
Et nos regards se portent derrière vers un passé qu'on regrette.

Sur le chemin, j'ai mis au feu ce que j'étais 
Et de mes cendres j'ai vu renaître l'insouciance, 
la sagesse.